Chevaux et cavaliers : du tact au tact
Moi, ainsi que tous ceux de ma génération, nous avons commencé à monter à cheval dans un monde bien différent d'aujourd'hui. L'équitation, même si c'était déjà une équitation sportive, avait encore de très forts relents militaires. A défaut de rire en reprise, du moins avions-nous une assiette solide. Le défaut de cet enseignement "à la dure" : il fallait y survivre. Surtout, il fallait que l'envie de monter à cheval y survive. J'avoue que j'y allais souvent la peur au ventre et non sans raison. Nos moniteurs et instructeurs avaient une imagination féroce en ce domaine et la chute n'était pas en option, bien souvent. Ceci dit, ils nous apprenaient aussi à tomber et nous remontions à cheval bien vite quoique pas toujours très fiers et, il faut le dire aussi, un peu sous la contrainte !
Bref, jusqu'à la préparation des examens d'argent, c'était bien souvent le bisutage du débutant... Après, c'était un peu mieux. Nous changions de chevaux et l'expérience aidant...
A l'époque, peu ou pas de poneys, on faisait des tours et des tours dans les étrivières, les pieds dépassaient à peine des quartiers de la seille, mais qu'importe !
Les années passant, le passé militaire a laissé place à une culture plus sportive. C'est l'achat du premier cheval (toujours une erreur, sur un coup de coeur, un sauvetage). On se débrouille tout seul, le plus souvent très mal.
Dans un sentiment de solitude, nous faisons un amer constat :
On a beau être diplômé, labbellisé "cavalier" : on a l'impression de ne savoir plus rien faire.
Le cheval ne sait pas faire grand-chose non plus.
On s'éloigne un peu plus chaque jour de l'idée de "fusion" que l'on se fait du couple cavalier/cheval.
On commence à faire beaucoup trop de longes.
On prête son cheval trop facilement (ça c'est fait...).
On finit, enfin, par chercher de l'aide à l'extérieur sous forme d'un enseignant.
Ouf !
Cela se traduit souvent par un changement d'écurie. Nous cherchons à nous rapprocher d'un cavalier pro2 (à l'époque) ou d'un instructeur.
Avec un peu de chance, et ensuite le bon enseignant, c'est à ce moment précis que l'on commence à devenir un cavalier en apprentissage.
Ce moment où, à cheval, au milieu de la carrière, on décide de ne pas céder à la colère. Celui où, en tentant de poser un caresse sur l'encolure, on s'aperçoit avec stupeur que son cheval se décale pour ne pas la recevoir. Et surtout, celui où, enfin, on tente de sauver son couple et d'entamer le dialogue.
Ce moment précis que notre cheval attendait depuis si longtemps.