Rêveries équestres

Chagrins équins

10 Septembre 2015, 13:00pm

Publié par Armelle Perrot

Chagrins équins

Plus de dix années ont passées. Dix années remplies de bonheur et de malheur. Je range. Un papier tombe de mes mains. Il est plié en quatre. Mais je connais déjà la lourdeur des mots qu'il porte. Je le lis et les larmes me viennent immédiatement aux yeux.

Novembre 2003. L'année où le ciel est tombé sur nos têtes. Nos quatre chevaux meurent en quarante huit heures de la myopathie atypique. Voici le texte :

"Mes chevaux sont partis dans une douce prairie, un vaste herbage en pente douce.
Le vente tiède caresse tendrement leur crinière, s'attarde sur le pelage de ma jument rousse.
C'est une journée idéale, tiède et lumineuse. L'été fait place au printemps.
Ils n'ont plus à craindre le mauvais temps, la pluie glaciale et les tourments.

Là où ils sont, je ne peux les suivre. Là où ils sont, je ne peux les sentir.
Je reste là, à la porte de l'hiver, coupée d'eux. Définitivement.
Je peux dresser le poing. Je peux taper dans les murs. Je peux haïr.
Rien n'y fera. Ils resteront hors de ma portée, définitivement.

J'avais un cheval gris, vif comme l'éclair, gai et attachant.
J'avais une jument brune, bonne élève, toujours interrogative.
J'avais un cheval noir, frimeur et joyeux, un peu turbulent.
J'avais une jument rousse, grand coeur caché derrière un air grognon.

Je ne peux les conjuguer qu'au passé.
Mon amour pour eux est stérile, rien n'en sortira plus.
Cette belle rivière est désormais tarie, asséchée.
Il ne reste que des souvenirs de galopades et de tendres câlins.

Ma main ne cherche plus le poil chaud sous la crinière.
Mon oeil n'intercepte plus leurs regards au matin.
Mon oreille n'écoute plus leurs voix qui appellent.
Mon corps ne sent plus la puissance de leur galop.
Ma bouche ne prononce plus leurs noms sur différents tons.

Que dire d'autre ? La souffrance infinie est achevée.
Que dire d'autre ? Le soulagement de les voir mourrir, enfin.
Que dire d'autre ? D'une main je les ai tués, de l'autre caressés.

Que dire d'autre ? Adieu, je vous imagine dans une prairie, jouant à vos jeux, dormant sous un soleil tiède. Amis proches comme je sais que vous l'êtes. Incapables de mentir et de jouer la comédie. Brutaux des fois, tendres à vos heures. Le regard sans détour, l'oeil bien ouvert sans peur d'aucune sorte. Ah, comme j'ai du mal à vous imaginer morts. Comme j'ai du mal à me détacher de vous.

Jument rousse, jument brune, cheval gris et cheval noir, différents comme les quatre points cardinaux et aussi indissociables. J'étais en votre centre."

Chagrins équins
Chagrins équins
Chagrins équins
Chagrins équins
Chagrins équins

Le temps a passé. Merci à Présence, Voltige, Tréglamour, Figaro et Nounours de les porter en eux.

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F
:( Courage. J'imagine que ça a été une dure épreuve. Essaies de profiter de la présence de tes autres chevaux
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S
Mon coeur est avec le tiens. Il faut conserver que les bons souvenirs. Courage
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A
Je te remercie. C'était il y a longtemps maintenant. Mais toute notre jolie troupe à sabots nous met du baume au coeur.