Une jument... Jamais !
Dans les conversations de cavaliers, je m'entends encore dire : "Jamais de jument ! Un coup ça va, un coup ça va plus... On ne va pas mélanger nos deux systèmes hormonaux à jouer aux montagnes russes. Un hongre, c'est bien. Au moins, tu peux discuter. Et puis c'est stable". Et bla, et bla et bla et bla.
J'avais déjà eu une jument, un sauvetage. Je l'aimais de tout mon coeur, elle était Ma Folie. A part. Pas jument pour deux sous. Alors, je me disais : "N'allons pas tenter le diable, j'ai eu la seule jument de l'univers avec un mental de hongre. Cela ne peut pas arriver deux fois dans une vie". Bah, j'avais raison.
Folie est arrivée dans ma vie comme une tornade. Présence, ça a été beaucoup plus en douceur.
Mon compagnon a une jument. Il n'est pas cavalier, mais aime l'harmonie des chevaux, leur mouvement. Fille de Quat'sous, Présence porte bien son nom. Confiée à des cavaliers pro pour la valoriser une fois débourrée. Ils n'en font... rien. La jument revient : "Il faudrait mieux la vendre. Je peux vous trouver un bon cheval". Mise un peu au pré. Je ne m'en mèle pas. J'ai peur de m'attacher et que la jument reparte encore... Un très très bon cavalier amateur la prend. Sans plus de résultat, malgré sa patience et sa très bonne technique. Quelques concours, mais la jument n'a pas la niaque, se protège des barres.
Bref, l'hiver arrive et son cavalier me dit : " Reprends-la cet hiver, bosse la bien sur le plat et je recommence avec elle au printemps."
Et me voilà, sur elle tous les jours. Un bout de bois grognon, de méchante humeur sous la selle, câline au boxe. Elle ne supporte rien, couche les oreilles. Ne veut pas passer de barres au sol. Dit plus souvent non que oui ! Moi, je respire bien profondément et redemande, redemande, redemande, redemande, redemande. Oui, même à lire, c'est ennuyeux.
Et le printemps arrive... C'est que je l'aime bien maintenant, ma petite loupiotte... Bonne nouvelle : Son cavalier ne peut (veut) pas la reprendre. Oh la la, quel dommage... (sourire à fond à l'intérieur). Chic, ma loupiotte, on reste ensemble.
De très très compliquée, la jument, au fil du temps, du travail et de la connivence, devient juste compliquée. Le travail sur le plat s'installe et évidemment, j'aimerais bien sauter... si possible ?
Bah non, c'est compliqué, très très compliqué. Pour sauter 80 cm, il faut la monter comme si on allait à la guerre. Saute pas ou mal, tourne pas ou difficilement, s'énerve, s'angoisse. Mama mia !
Et puis, comme pour le plat et grâce à deux enseignants en or (Eh, la Mél, écoute bien, c'est pas tous les jours, profites), et bien le miracle a lieu. Ma jument se transforme en guerrière, elle anticipe, réfléchit, prend de l'expérience, devient plus autonome. Bref, elle aime ! Moi, aussi, je fais moins de bêtises puisque je n'ai plus grand chose à faire.
Et nous partons sur une saison de concours. Mais, beaucoup de barres, on s'y attendait. La jument se protège un peu encore.
Dernier concours de la saison : sans faute. La jument détendue, tonique, elle sait ce qu'elle doit faire : "Dis moi où est le prochain. Dis-moi où est le prochain, reste avec moi".
Et là, aujourd'hui, toutes les deux, nous sommes bien prêtes, nous avons hâte.
Cela fait bientôt quatre ans que nous sommes ensemble. Et je ne laisserai ma place pour rien au monde, vous m'entendez. Oui, elle est chiante, oui, elle est madame, oui elle est pointilleuse.
Mais comme c'est bon d'être sa cavalière.
Des fois, je m'entends dire : "Ah oui, mais Présence, c'est pas pareil... Une jument ? Ah non, JAMAIS !"
Ce que l'on peut dire comme bêtises...
