Le cheval professeur
Ils ont besoin de donner du sens à leur vie. Comme nous. Nous les formons à un métier selon leurs aptitudes : qui sauteur, qui dresseur, qui balladeur, qui attelage. Et j'en oublie tellement. Certains peuvent même devenir des accros au boulot, des compétiteurs forcenés. Voltige est encore en CP mais on devine bien que sa came, c'est l'obstacle. Tréglamour, elle, préfère définitivement l'attelage. Présence se cherche encore un peu mais est très concentrée et présente au travail. Les barres l'attirent mais l'impressionnent encore. Figaro lui, le plus expérimenté des quatre, a opéré sa reconversion professionnelle avec succès. Et son CV est flatteur.
Malgré une histoire compliquée et douloureuse, il s'est révélé élève studieux et enjoué. A surmonté ses peurs. Nous le destinions au dressage. Un bon soldat, il a courageusement trotté sur les carrés, enchaîné sessions et épaules en dedans. Toujours correct, toujours concentré et désireux de bien faire. Sans plus. C'était son job et il le faisait bien.
Sa drogue à lui, c'était l'obstacle. Alors, nous avons foncé. Son âge d'or avait débuté. Il était heureux d'y être. Puis, il est devenu compétiteur. Bien sûr, il n'a jamais sauté des montagnes mais a donné le meilleur de lui-même. C'est devenu un cheval rapide, sûr, facile sur les barres, débrouillard et malin. Présent au classement, qualifié rapidement.
Puis, l'âge venant et les petits soucis physiques montrant le bout de leur nez, Figaro a dû revoir son parcours professionnel. Non sans regrets. Après quelques mois de flottement, il est devenu professeur. Il transfère son expérience. Non pas sur d'autres chevaux mais sur de jeunes cavaliers. Gentil et rigoureux dans son travail, comme il se doit, il explique, montre et met à cheval ses cavaliers. Il leur inculque le tact, la finesse des aides. Il aime ça et il se plie avec plaisir à cet exercice qui n'est pas dévalorisant pour lui.
J'espère que plus tard Figaro restera bien présent dans leurs coeurs et que lorsqu'ils se sentiront en échec et chercheront leur chemin équestre, le souvenir de leurs séances avec lui les guidera et les aidera.
Au risque, encore une fois, de me répéter : A Figaro, à ce grand petit cheval.